Le Roi de Bohême

49=> Ma maman Brésilienne, Donna Lia ! ... et encore...

Le 23/03/2026 0

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Il y a des femmes qui sont une personnalité, et Lia en est une.

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Je crois que je n’ai connu que 3 femmes qui réunissaient des caractéristiques aussi exceptionnelles.

La première est ma grand-maman Théotiste, mais elle était exceptionnelle de part sa bonté, sa justesse, sa générosité, ce qui en a fait la reine-mère la plus fameuse du village, au sommet d’une descendance de 74 personnes à sa mort.

P1020323 1Les deux autres sont des caractères plus élaborés, plus cassants, qui ne s’encombraient pas tant de morale, mais qui toujours, dominaient totalement les situations quelle qu’elles soient : ma belle-mère Hedwige :

Img 3962cEt Donna Lia :

Img 1358Et ce soir, je vais vous parler un peu de Lia, parce qu’elle en vaut vraiment la peine. Elle est née en 1925, ce qui n’est pas un exploit en soit, beaucoup de monde peut se vanter d’être né avant cette date, mais elle s’est mariée en 1941, et ici, je pense qu’il y a déjà bien moins de personnes sur la surface de la terre qui peuvent se vanter de s’être mariés en 1941 (ceux qui sont né à cette date sont déjà des vieux). En plus de ça, Lia a eu 24 frères et sœurs et c’est la seule qui a survécu plus de 7 ans après sa naissance…

Elle est issue d’une famille «riche», dans le sens qu’ils avaient des propriétés énormes, et durant la famine de 1935, lorsque les gens mourraient de faim, le grenier de Lia était plein. Les gens venaient là quémander quelque chose à manger, et déjà à l’époque, sa mère lui a enseigné comment se créer des «obligés». A 14 ans, elle a marié Zéca qui en avait 24, ça a été le seul amour de sa vie, et malgré une maturité supérieure en âge, c’est Lia qui a dû remettre de l’ordre dans ses esprits lorsqu’il s’est un peu égaré…

Elle a su y faire avec autorité et sans aucune faiblesse, et lorsque Zéca rêvait de devenir chauffeur d’autobus, elle n’a pas eu peur de casser son rêve parce qu’elle le connaissait assez pour savoir qu’il fallait le garder près d’elle.

Img 303Ils ont eu une bonne vie, Zéca a eu jusqu’à 100 mules pour faire du commerce, sans compter les vaches et autre bétail, mais comme pour Job, Dieu a éprouvé leur foi. Lia est tombée malade, les vaches mourraient les unes après les autres (ici ils parlent de sorts, mais peu importe), et Zéca a vendu jusqu’à la dernière mule pour payer les soins que Lia nécessitait. Il n’a gardé qu’une petite mule, les tuiles du toit de la maison familiale s’effondraient, il pleuvait dans la maison, mais Lia s’en est remise et la vie a continué. C’est dans ces conditions de totale pauvreté qu’ils m’ont accueilli en 1992 lorsque je suis arrivé à Riacho Fundo, comme un fils.

Img 1244Zéca rêvait d’une église à Riacho Fundo, il avait les propriétés pour la construire, mais aucun moyen, alors pendant que j’étais en Inde et que je manifestais l’envie de continuer à vadrouiller dans le monde après mon retour de l’Inde, mon paternel s’est arrangé avec le prêtre de la région pour voir s’il pouvait contribuer à quelque chose que je pourrais aider. C’est ainsi que Zéca a pu acheter le ciment pour faire les fondations de l’église, même s’il pleuvait toujours dans sa propre maison.

Mais quand on est né dans une position de pouvoir et qu’ensuite, la vie nous mène vers encore plus de richesses ou vers la pauvreté, ça ne change pas à grand-chose, on garde les mêmes manières…

Et donc Lia est restée ainsi. La pauvre Vera, elle en a vu des vertes et des pas mures. A l’époque, les femmes ne pouvaient pas manger avec les hommes, parce que les discussions entre hommes ne regardaient pas les femmes. Alors pendant qu’on était à table avec Zéca, Edimar et Edison, Lia et Vera restaient en cuisine. Lia ne faisait rien, c’est Vera qui s’occupait de tout : Tuer la poule, la déplumer, la cuisiner, se brûler en faisant le café, cuire toute la nourriture, mais c’est Lia qui apportait sur la table… c’est elle qui avait tout préparé pour nous, c'est elle qui recevait les compliments du prêtre s'il était là !

Vera a été maltraitée, battue, interdiction d'aller jouer avec les autres filles, vraiment une esclave. Ici vous pouvez voir que déjà si petite, c’était encore elle qui allait au Riacho faire toute la vaisselle, à midi et le soir, et de la maison au Riacho, il y avait un bout !

Img 1245A l’époque, j’avais dit à Lia (et Vera s’en souvient très bien) : «Tu sais Lia, si tu habitais en Suisse, on te jetterai en prison, parce qu’on ne peux pas faire travailler et traiter comme ça des enfants !»

Mais Lia s’en foutait complètement, tant qu’elle avait du tabac, tout allait bien (ici avec mon paternel)

121J’ai tellement aimé Riacho Fundo parce que je sortais non seulement de la Suisse, mais aussi de l’Inde, un vrai enfer surpeuplé, et là c’était tranquille : la nature, pas de voiture, juste des ânes, des mules et des vaches… Par contre, pour Vera c’était l’inverse, elle a toujours détesté Riacho Fundo, et dès qu’elle a pu, elle s’en est allée travailler à Sao Paolo, et dès qu’elle a pu, elle s’en est allée en Hollande, 2 ans. Après ces deux ans, elle avait un contrat de travail en Islande, c’était la vie qu’elle avait rêvé, mais après la mort de Zéca, Lia ne s’en sortait plus toute seule, alors Vera s’est littéralement sacrifiée pour revenir s’occuper de Lia, parce qu’il faut bien dire la vérité, Lia n’est pas aussi commode que Théotiste, Lia a plus besoin d’une employée que de fils ou fille dévoués.

Elle perdait la vue, était déjà aveugle d’un œil, Vera l’a emmenée chez un spécialiste à São Paolo qui lui a préconisé une opération, Lia a refusé, le spécialiste était sur le cul : «Mais sans cette opération, vous allez devenir complètement aveugle !» Quand Lia lui a répondu qu’elle s’en foutait, le toubib a compris le truc entre Lia et Vera et lui a dit : «Mais vous ne pouvez pas lui faire ça, si vous devenez complètement aveugle, elle va devoir s’occuper de vous pour tout, vous allez lui voler sa vie !»

Et, droite dans ses bottes, Lia lui a répondu : «Elle est là pour ça !»

Fin de la discussion, et c’est exactement ce qui s’est passé, depuis plus de 12 ans (même déjà avant), Vera doit tout faire pour elle, tout ! Et elle fait vraiment tout, mais sans amour. Et Lia se fiche de tout, mais vraiment complètement. Sur son sofa, elle fait un de ces bordel avec son tabac et sa pipe, elle s’est déjà foutu le feu plusieurs fois, mais à chaque fois qu’il y a un problème, elle hurle et Vera accourt. Vera change et nettoie chaque jour la doublure du sofa, le tapis par terre, Lia crache par terre, vide sa pipe où elle veut, en quelque sorte, elle a tout son confort, son tabac, son filtre à eau sur une table avec un verre en-dessous, sa bouteille de vin par terre avec un verre au-dessus, et Vera est son esclave personnelle : pour la mettre au lit, la sortir du lit, lui donner la douche, et encore, Lia exige sa présence sous la douche parce qu’elle n’aime pas se laver toute seule…

... et encore, je ne raconte pas les trucs qu'elle fait exprès pour emmerder Vera, sinon ça donnerait une mauvaise image de ma brâve Lia.

Il y a presque quelque chose de comique dans cette affaire. Vera lui fait à manger, le café, tout, mais elle apporte ça sans aucun amour. L’année passée, quand Vera m’a raconté certaines histoires et que j’ai personnellement vu ce qui se passait, j’ai répondu aux plaintes à Vera : «Ahhh, c’est pour ça que j’aime tellement Lia, elle est comme Sissi !» C’était pour rigoler, parce que même si Sissi a un caractère assez directif, elle fait tout ce qu’il faut faire, contrairement à Lia.

Donc Lia est un peu comme ma belle-mère Hedwige, personne n’est leur égal, ils n’ont que des serviteurs, ou alors Dieu au-dessus, et encore, Dieu a intérêt d’obéir…

Malgré tout ça, Lia a un pouvoir surnaturel, elle a direct perçu que ma femme était sous l’influence du mauvais oeil de la macumba et l’a désenvoûtée direct quand elle est arrivée ici (ma femme était restée 2 semaines alitée auparavant), et il n'y a pas que ça, même Vera peut témoigner que Lia a réellement un "pouvoir".

Ainsi, Donna Lia est une figure, une des 3 femmes qui m’ont le plus impressionné dans ma vie, que ce soit Théotiste par son côté bonne comme du bon pain, ou ma belle-mère et Lia par leur aplomb, quelque soient les situations et circonstances, elles ont toujours dominé les autres.

Théotiste a eu à souffrir 9 jours d’agonie et je n’ai pas réellement compris pourquoi ça avait été nécessaire, Hedwige est passée sur 3 cancers et tout un tas de maladies en restant digne jusqu’à la fin, Lia vit dans une prison sensorielle, de la vision depuis plus de 12 ans, et là ce soir, je suis resté un peu avec elle. En lui criant dans les oreilles, on peut encore communiquer, mais je lui apporte ce que Vera ne peut plus lui donner : de l’Amour, et quelques minutes d’affection c’est plus que tout ce que fait Vera pendant toute la journée, parce que je deviens : «Son fils préféré, le seul qui lui allume sa pipe, et ma voix, elle aime tellement ma voix, et m’embrasse les mains comme si j’étais le pape...». Bref, j’ai le beau rôle, et je ne peux me plaindre de rien contre Lia, alors je l’aime, ce que Vera ne peut plus faire, elle ne peut que se contenter d’un rôle d’employée qui frise l’esclavagisme...

Pauvre Vera ! ... ceci dit, tout ça lui a quand-même forgé un sacré caractère aussi ;-)

Personnellement, j’ai fais l’erreur de confondre la force de caractère de ma femme avec une force de la même nature qu’Hedwige ou Lia, mais ma femme n’est pas comme ça, c’est pour ça que je me suis trompé : Au lieu de la laisser dans une insécurité perpétuelle, je lui ai garanti un amour inconditionnel. Et si les femmes n’ont pas cette qualité de caractère, débarrassées de la morale, elles ont besoin de ne jamais considérer un amour comme acquis pour continuer à aimer, l'amour doit être un prix qu’elle doivent gagner chaque jour : dès qu’elles sentent que c’est acquis, c’est foutu ! Pour simplifier, l’amour d’un homme est comme mon climatiseur : Après 3 mois, on n’entend déjà plus le bruit de son ronronnement, pareil pour l’amour, après 3 mois, les femmes ne calculent déjà plus ce genre de truc. Par contre, si on commence à s’amuser à changer les degrés sans qu’elles ne comprennent pourquoi : une semaine plus chaud, une semaine plus froid, une semaine tiède, eh bien c’est bon, elles vont se poser plein de questions et on reste ainsi attractifs. Finalement, une femme c’est simple, la seule chose dont elles ont réellement besoin c’est l’insécurité : ne jamais être sûres de l’amour de leur homme. Hedwige et Lia sont des exceptions exceptionnelles.

NS do Ouro, le 16 de février de l’an de grâce 2026 après la naissance de NSJC

... et encore...

Durant la nuit, il m’est revenu une anecdote qui montre que ces gens-là ont le pouvoir de plier les autres à leur propre volonté.

Ce n’est pas une anecdote avec Donna Lia mais avec ma belle-mère, Donna Hedwiga, et ça date de très loin, d’avant mon mariage. On allait voir une pièce de théâtre, Hedwige était absolument contre notre mariage, elle me toise et me dit : «Est-ce qu’il n’y a pas assez de jolies filles en Suisse pour que tu viennes piquer la mienne ?» Je lui réponds : «Tu sais Hedwige, il y a plein de jolies filles en Suisse, mais c’est vraiment la tienne que je vais marier !». Silence radio et fin de la discussion entre nous. Par contre, ce que je ne savais pas mais que ma femme m’a raconté ensuite, c’est que sa mère l’a convoqué pour continuer avec elle la discussion et a été très claire :

«Ma chère petite, je vais te mettre les points sur les «i» : Si tu maries ce suisse, qu’il te trompe parce que tu ne lui suffit pas et que tu ne veux plus de lui, tu ne remets plus jamais les pieds dans ma maison. Et si c’est toi qui le trompe et qu’il ne veut plus de toi, tu ne remets plus jamais les pieds dans ma maison non plus !»

Hedwige est décédée début juillet 2023, et c’était terminé entre moi et ma femme. Et comme le beau-père est beaucoup plus soupe au lait qu’Hedwige, eh bien ma femme fait des aller-retour jusqu’en Slovaquie parce que oui, maintenant qu’Hedwige repose à six pieds sous terre, eh bien elle peut remettre les pieds dans sa maison sans risquer aucune conséquence fâcheuse.

Comme quoi, il y a des gens si forts que, par leur seule volonté, voire leur seule présence, empêchent les volontés des autres, même à plus de 1000 kilomètres de distance. Ils n’arrivent peut-être pas à tordre la réalité en tant que telle, mais ils arrivent à tordre les destins de leur entourage. C’est l’apanage des gens exceptionnels.

NS do Ouro, le 17 de février de l’an de grâce 2026 qui suit la naissance de NSJC

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