J’ai réfléchi, … oui, ça m’arrive…, pour identifier l’une des sources de la plupart des maux, et j’ai identifié «l’envie» comme l’une d’elles, car il s’agit d’envies au pluriel, des choses dont tout le monde se confronte à un moment ou à un autre. Ceci dit, il y a plusieurs catégories et je vais les énumérer et vous indiquer comment j’arrive à m’en sortir au milieu de tout ça :
1) Pour commencer, il y a l’envie bestiale, brute, facile à identifier et à contourner : Il s’agit de l’envie de choses que d’autres possèdent, ça peut-être des choses matérielles, mais ça peut aussi être leur liberté d’expression, voire leur liberté tout court, ou des commodités qu’eux ont et nous pas, des choses tout à fait matérielles ou de choses totalement immatérielles comme leur temps, et en fin de compte, de toutes choses qu’une autre personne peut avoir et que l’on a pas. On va dire que c'est le degré zéro ou premier des envieux, la base de la base.
Cette envie-là provoque de la jalousie, ce qui n’est pas très glorieux en soit, et cette jalousie peut se transformer en rancœur, qui elle, peut se transformer en aigreur si on la laisse persister assez longtemps… ça donne pas tant envie, non ? Finir aigri dans une maison de retraite...
2) Dans la catégorie des envies bestiales, brutes, faciles à identifier aussi, il y a encore l’envie sexuelle, mais j’irai même plus loin que ça, parce que pour un type dans mon genre, une envie sexuelle doit quasiment s’accompagner de quelque chose de plus à partager avec celle avec qui j'aurai envie de partager ma couche. Donc l’envie d’une compagne avec qui on pourrait faire des trucs sexuels mais d’autres trucs aussi, comme des voyages, des ballades, des échanges d’idées, du partage.
Cette envie-là, non seulement sexuelle, mais de tout ce qui l’entoure, provoque comme une sensation d’incomplétude, de solitude, parfois de vide, et tout ça mélangé ensemble peut se transformer en un sentiment assez vertigineux, comme celui de planer seul sur un gouffre sans personne à qui se raccrocher. Ce sentiment peut aussi conduire à une espèce de paranoïa, à une peur, une peur très ancienne, ancestrale, quelque chose qui ne vient pas de nous, mais de notre nature humaine, qui, quoiqu’on en dise, a toujours eu un fond social ou sociable, … et même divine si on en croit l’Éternel qui proclame solennellement : «Il n’est pas bon que l’homme soit seul». Ceci dit, la peur n’est pas très glorieuse non plus, même la peur de soi-même et de sa propre solitude, donc il faut l’apprivoiser et tenter d’en faire une alliée plutôt qu’une ennemie.
3) L’envie d’appartenance. Ça rejoint un petit peu le point précédent, même s’il a commencé sur le sexe, j’ai élargi le concept à la «compagne», et qui dit compagne fini par dire famille, et qui dit famille, dit forcément liens externes aussi, car une famille vit rarement en vase clôt, donc il faudra qu’elle s’intègre dans des liens d’appartenance sociaux plus vaste.
L’envie d’appartenance n’est pas une envie bestiale, brute, elle est plus subtile, donc bien sûr plus dangereuse, parce qu’elle mène la plupart du temps à la culpabilisation, qui elle, est TOUJOURS mauvaise et néfaste. Si on succombe à cette envie, on devra souvent rire de choses qui ne nous font pas rire, participer à des conversations qui ne nous intéressent pas, accepter le mensonge pour maintenir la cohésion, il s’agit là de règles non écrites et non dites, mais que tout le monde accepte de jouer sous peine de se voir rejeté. C'est même un peu plus subtil que ça, car personne ne nous demandera jamais d'être moins nous-même, il s'agira toujours de petits ajustement progressifs où on évitera certains sujets pour ne pas créer de tensions, où on retiendra certaines vérités pour préserver la paix, où on s'adaptera, encore, et encore, jusqu'au moment où on ne se reconnaît plus. Autrement dit, on échangera notre authenticité contre un sentiment d'appartenance. Le pire c'est qu'on ne s'en apperçoit pas sur le moment, ça agit comme une érosion, silencieuse, on pense s'adapter, on pense maintenir des liens, mais en réalité on se diminue sans cesse, jusqu'au jour ou on se rend compte brutalement qu'on était accepté parce qu'on était une version réduite de soi-même, une version filtrée, contrôlée, acceptable, une version qui ne dérange pas, qui ne dépasse pas les limites invisibles posées par les autres. Et le jour où on se rend compte de cela c'est terminé, on ne peut plus faire semblant, continuer ce rôle.
A partir du moment où cette envie d’appartenance prend le pas sur notre envie d’être nous-même, on n’arrivera plus à faire la différence entre une vraie responsabilité et une culpabilité installée de l’extérieur pour nous contrôler. Pour faire simple, disons que le remord réel vient de l’intérieur lorsqu’on a réellement causé du tord et il est utile ; tandis que la culpabilité vient de l’extérieur et est TOUJOURS mauvaise, la plupart du temps elle sert les intérêts de quelqu’un d’autre. Elle arrive lorsqu’on préfère une version de soi fragmentée, diminuée, adaptable par le groupe auquel on souhaite s’agréger ou appartenir. C’est à mon avis très dommageable : préférer une version fragmentée de soi plutôt qu’entière et vraie, et puis c’est aussi la seule chose qui fait pleurer notre ange gardien, donc ce n’est pas bon.
Le seul bémol que je mettrais à la culpabilisation, c’est lorsqu’elle vient de l’intérieur de soi et qu’elle nous incite à une bonne action. Mais même là, ça reste discutable, parce que si je prends un exemple personnel, eh bien ça se passe comme ça : En 2014-2015, on a passé les vacances de Noël au Sri Lanka, et en discutant par la suite avec ma femme, j’étais arrivé à lui dire : «Tu crois que c’est en passant chaque hiver sur une île équatoriale qu’on va gagner le Paradis ?» Oui, c’était une époque où je croyais encore qu’on devait le gagner et où la culpabilisation fonctionnait en plein. Enfin, une telle culpabilité propre a fait que la seconde fois qu’on y est allé, je me suis senti dans l’obligation d’apporter des cadeaux de Noël en couteaux Suisse et en argent à chaque employé de l’hôtel. Mais ça ne s’est pas arrêté là, parce que par la suite, lorsque le jour de Pâques 2019, des terroristes ont fait exploser 4 églises pendant la messe ainsi que 4 hôtels, ce qui a fait fuir tous les touristes pendant 3 ans (oui, 2020 et 2021 c’était Covid, donc zéro touristes) et que le Sri Lanka a fait faillite ; eh bien quand on est capable d’apporter une aide suffisamment massive au cuisinier catholique pour qu’il n’ait pas besoin d’aller construire des stades au Qatar et qu’il finisse par faire une calligraphie à mon nom et à l’intention de Dieu sur le toit de son tuk-tuk, eh bien oui, dans ce genre de cas, on peut imaginer que l’auto-culpabilité ait eu une quelconque utilité. En tout cas, après ça, je me disais que quelques soient les conneries que je faisais, eh bien à chaque fois que Dieu regardait sur la terre, il voyait un petit tuk-tuk au sud du Sri Lanka qui lui disait de ne surtout pas oublier de me bénir…
Mais je vais vous dire et vous montrer à quel point la culpabilité est un poison, parce qu'en plus du tuk-tuk, j'ai aussi financé l'étage supplémentaire de sa maison :
... et vous voulez savoir quoi ? En bien au moment de ma séparation, alors que je ne savais plus où je tapageais, j'ai demandé si je pouvais aller y demeurer quelques temps, là, dans l'étage que j'avais financé, et qu'après mon message, plus de nouvelles, fini terminé, j'ai compris que la gratitude des autres a ses limites. Mais ça a été bénéfique, parce qu'aujourd'hui, j'ai moi aussi mes limites, au point de pouvoir couper les vivres à ceux qui me chient dans les bottes, même s'ils sont de mon sang, et de dispenser mes bienfaits soit à ceux qui le méritent, soit parce que j'ai décidé qu'il en serait ainsi, sans rien attendre en retour, ni de matériel, ni d'affection, ni d'amitié, rien, parce que la culpabilisation c'est terminé.
4) L’envie de reconnaissance. C’est l’envie d’être vu, applaudi, glorifié par les autres. En gros, ça pourrait s’apparenter à l’envie d’être envié. Mais ici, un problème affecte la plupart des gens, des gens qui ne sont ni puissants, ni connus, ni craints, ni vedettes de la musique, de cinéma, ou des écrivains célèbres, ni des prix Nobel de quoique ce soit, des gens qui n’ont gagné aucune médaille d’or… En gros, des gens qui n’ont aucun don particulier et qui ne cherchent même pas en acquérir un (avec de l’entraînement ou que sais-je?). Alors comment pourraient-il accéder à cette envie de reconnaissance s’il n’y a rien à reconnaître ? De nos jours, certains ont trouvé une parade à leur propre insignifiance en devenant «influenceurs». Non, pas influenceurs pour décider d’une guerre à mener ou de géo-stratégie, ni même d’un plan de paix global, mais pour vendre des bidules, des crèmes hydratantes et ce genre de choses. Ils mesurent cette reconnaissance en fonction du nombre de vues, de pouces levés, de notifications ou de clicks, grand bien leur fasse.
Mais ici il s’agit très clairement d’orgueil, ce qui n’est pas vraiment très glorieux non plus. Et pour ceux qui non seulement n’ont aucun talent mais qui en plus sont incapables d’avoir l’influence nécessaire pour provoquer l’achat d’une crème hydratante, il y demeure encore l’envie d’être envié par soi-même. Je ne sais pas trop comment on pourrait expliquer ça, mais lorsque je regarde un peu Instagram et que je vois tous ces gens qui (je ne sais pas comment ils arrivent à faire ça), mais qui se prennent en photo tout en se mirant dans leur smartphone..., il y a quelque chose de cela là-dedans, une sorte d’auto-satisfaction, de narcissisme totalement extravagant, parce que je pense que Narcisse lui-même aurait honte de s'afficher ainsi à la vue de tous, se mirer lui-même lui suffisait. Avec Instagram, toutes barrières sont tombées car non seulement on s'affiche entrain de se mirer soi-même à défaut d'obtenir les applaudissement des autres,... mais vous voulez savoir quoi ? – Eh bien, ce n’est vraiment pas beau à voir, et je parle de l’attitude et pas du sujet, car certaines valent tout de même le détour.
5) L’envie d’être aimé. C’est quelque chose de naturel, mais c’est quelque chose qui nous pousse à faire des efforts pour l’être, et dès l’instant où cela exige des efforts, ça veut dire que ça exige un masque, une persona, parce que les efforts disent qu’il ne suffit pas d’être qui ont est pour être aimé, mais de les «faire», ces efforts... Et si en fin de compte ces efforts ne sont pas récompensés par une marque d’amour ou d’affection particulière, eh bien on se dira qu’on n’en a pas fait assez ou que la personne vers laquelle ont tendu tous nos efforts est ingrate.
Dans les deux cas, on tombera soit dans la culpabilité de n’en avoir pas fait assez pour arriver à nos fins, soit dans un jugement négatif de la personne sur laquelle se sont concentrés nos efforts qui n’ont pas été payés en retour. Et remarquez bien que je parle ici de culpabilité (qui a toujours trait à autrui), et pas de remords, car en soi, on n’a rien fait de mal. Mais pour le dire franchement, il se trouve que la personne en question n’avait peut-être même rien demandé, et qu’on s’est fourré tout seul dans un piège dicté par cette envie. En réalité, ceux qui veulent être aimés ne sont jamais vraiment aimés, ils peuvent être apprécié, guère plus. Qui aime Macron ? - Personne ! En général on va plutôt aimer des personnes entières, franches, clivantes, comme Trump, Poutine, Kim ou Bolsonaro, on va les aimer ou les détester, et c'est toujours le prix à payer pour être aimé : il faut accepté d'être détesté en même temps, c'est d'ailleurs le genre de truc qui a coûté la vie au Christ !
6) L’envie de pouvoir. Ici, je devrai rajouter un détail car il y a deux sortes de pouvoirs : - l’envie de pouvoir sur les autres et - l’envie de pouvoir sur soi-même. Le plus important et le plus sain est le pouvoir sur soi-même, parce que si on l’a, on est plus puissant que le type qui naît dans la bonne famille royale en bonne position, mais qui n’a pas de pouvoir sur son esprit. Il aura un pouvoir apparent sur des autres, mais lui-même sera comme un bout de bois sur la mer, ballotté de-ci de-là par les courants. Il lui faudra perpétuellement 15 conseillers pour prendre la moindre décision, et même une fois prise, il ne sera pas sûr qu’elle soit la bonne. Le pouvoir sur soi-même s’obtient lorsqu’on refuse de se laisser définir par les autres et qu’on considère notre propre jugement comme étant supérieur à tous les autres, non pas parce qu’on est nous-même supérieurs, mais parce qu’on est la personne qui se connaît le mieux elle-même, et donc la plus apte à décider pour soi. Ça marche aussi pour un prince ou un roi : s’il connaît suffisamment son royaume et son peuple, son jugement sera plus avisé que les conseils de tous les flagorneurs qui mangent à sa table par opportunité, car ils conseilleront en sachant que si ça tourne mal, ils ne sont responsables de rien, ni aux yeux du peuple, ni aux yeux du roi qui, in fine, doit faire semblant d’avoir décidé seul s’il ne veut pas péricliter.
Dit en passant et entre parenthèses : c’est aussi un piège à éviter radicalement. Si quelqu’un te demande : «Est-ce que je peux te faire confiance... ?» ou : «Je peux te demander un conseil... ?», il faut systématiquement répondre : «Non», sans donner plus de justification. Car si l’une de ces deux questions est posée, c’est toujours un piège : 1) La confiance ne se demande pas, elle se mérite, et 2) Si quelqu’un te demande un conseil, qu’il le suit, que le conseil est judicieux et que l’entreprise est couronnée de succès, les lauriers iront à lui seul ; tandis que s’il foire, il te fera endosser la responsabilité de ton mauvais conseil, c’est mathématique et c'est une règle de base : aucune confiance, aucun conseil ! ... et je referme la parenthèse.
7) L’envie de choses dont Dieu seul peut pourvoir. On ne parle pas ici d’avoir envie d’une voiture de sport ou de gagner à la loterie, mais l’envie de la santé, de l’amour, d’une longue vie, de choses de cet ordre qui ne dépendent que de Dieu ou de soi (on peut maintenir une bonne santé par l’alimentation ou de l’exercice, on peut accéder à l’amour en étant perspicace, et on peut avoir une longue vie si on vit prudemment). Mais en gros, Dieu semble un élément plus sûr pour demander ce genre de choses.
A première vue, il pourrait sembler qu’on demande de bonnes choses, mais il s’agit d’envies purement égoïstes. On peut même tomber jusqu’au stade de marchand du temple comme moi en Inde où je me dis que je suis en mesure de faire un marché avec Dieu : «Je bosse pour Toi du mieux que je peux, ici avec les plus misérables des pauvres, au Brésil en te construisant une chapelle, et en échange, Toi qui voit à travers tous les temps, tu me désigneras la femme que Tu as préparé pour moi !» Le deal peut sembler loyal, mais ça ne vaut pas mieux que les marchands du temple : «J’offre un agneau, une colombe ou un bidule en sacrifice, et en échange tu m’absous de mes péchés...». En passant, Caïn a fait mieux que ça ! Enfin bref, en ce qui me concernait avec ce deal en Inde, ça rejoignait les points N°2 et 3 => sexualité, amour, famille, appartenance, ...juste des envies.
Mais Dieu n’est pas comme ça, la preuve avec Carlo Acutis : un jeune qui avait un tel amour pour le Christ qu’on se dit que si on était Dieu, eh bien oui, allez, on va lui offrir la santé, l’amour et une longue vie (et en bonus comme on est un dieu sympa, on va même rajouter la prospérité à sa longue vie). Mais il n’a eu droit a aucun des trois et est mort à 15 ans. Voilà, c’est comme ça, Dieu a des plans qui ne regardent que Lui, Dieu donne, Dieu reprend, Dieu est Dieu et il fait ce qu’Il veut.
8) L’envie de Dieu Lui-même ! Ici on est très loin des envies bestiales, brutes, et même subtiles, parce qu’on n’a même pas envie de ce que seul Dieu peut offrir, on a juste envie de Dieu tel qu’Il est et pour ce qu’Il est. Quoi de plus noble finalement ? Mais ça reste de l’envie, parce que l’envie de Dieu s’accompagne presque toujours de la culpabilisation qui fonctionne selon ce schéma : On a envie de Dieu, on fait des exercices, des pénitences, des oraisons, des jeûnes, et comme Dieu est un être discret, on pourra bien faire tout ce qu’on voudra, on aura toujours l’impression d’une espèce de vide, de manque de réponse, et on se posera la question sur nos propres prières : "Est-ce qu’on les a bien faites ? On aurait pu se mettre à genou pour un meilleur bénéfice ? A-t-on été assez concentré ? A-t-on loupé quelque chose ?" Ben oui on a loupé quelque chose puisqu’on ne ressent pas la présence réelle de Dieu. Donc voilà, l’envie de Dieu se termine quasi exclusivement par la culpabilité si on ne consent pas à le laisser agir à Sa guise, comme et quand il veut. Il n’y a pas de remords parce qu’on n’a rien fait de mal, mais de la culpabilité, qui elle, est TOUJOURS néfaste.
Me semble que la seule règle à observer pour posséder Dieu est de faire nos oraisons de façon routinière sans rien attendre de spécial en retour, rester sous les étoiles dans la nuit, lui dire nos joies et nos douleurs, sans attendre quelque réconfort que ce soit. Il ne faut jamais culpabiliser parce que c’est l’arme du démon, et il l’utilise avec une cruauté si subtile qu’on ne peut pas s’en apercevoir. Le père Gabriel Amorth, exorciste du Vatican, a vu des gens possédés par la prière : ce n’était jamais assez, il fallait toujours en faire plus, et ce faisant, le démon détournait complètement le sujet, à lui faire perdre la tête et tout sens commun. Et donc l’envie de Dieu reste une envie, rien de plus.
Je pense qu’il y a ici une nuance très légère : Au lieu d’avoir envie de Dieu il faut Le découvrir, car il est tout au fond de notre cœur, comme l’a dit le Christ, et on n’a en général jamais envie de choses que l’on possède déjà. Il faut être honnête, bon, juste, et il faut faire nos prières routinières sans chercher plus loin. La seule chose que nous pouvons faire au lieu de chercher plus loin est de creuser plus profond, et tout à coup, il arrive que Dieu nous envoie des consolations si puissantes, des instants de gratitude si intenses, qu’on ne peut pas imaginer qu’ils viennent d’ailleurs que de Lui, parce que lorsqu’on sent notre cœur se gonfler dans sa poitrine au point de déborder par les yeux, c’est qu’on y est, on Le touche et Il se manifeste ainsi visiblement (en réalité, il agit toujours sous couvert, nous protégeant et nous menant sans cesse sur le bon chemin tant qu'on est de bonne volonté, sans même qu'on s'en apperçoive). Mais Il peut se manifester de différentes manières, à nous de l’interpréter. Si je prie mon chapelet du soir sur ma chaise longue sous les étoiles et que je vois une, deux, trois ou quatre étoiles filantes, je peux me dire que la terre traverse une région de l’univers où s’y trouve des particules de météorites, ou bien je peux me dire que Dieu répond à ma prière, ou encore que c'est les deux, peu importe, Il est le maître de tout. Mais il n’y a ni envie, ni attente, il n’y a qu’une prière sereine, sous les étoiles, une connexion entre moi, Dieu et l’univers. Il peut se passer quelque chose comme d’habitude (en général au moins une étoile filante) ou rien du tout, c’est complètement égal et ce n’est pas important.
Maintenant, si on passe en revue tout ce qui a été dit plus haut, presque toutes les envies conduisent à faire des efforts, pour ceci ou pour cela, et le mot important dans cette affaire n’est pas le mot «effort», c’est le mot «faire». Parce qu’à la fin du compte, on est qui on est, et le fait de «faire» n’est qu’un rajout qui ne change jamais ni notre nature, ni notre dignité. Le problème du «faire» au lieu de l’«être», c’est que dans le «faire», on attend la plupart du temps une contre-partie qu’on jugera comme étant mal payée ou qu’on percevra comme telle. Donc du négatif.
Pour échapper à toutes ces envies, il faut d’abord analyser sa propre situation. Si je prends la mienne par exemple, eh bien il me suffit de passer en revue tous les types les plus importants qui m’entourent jusqu’aux plus insignifiants, et à la fin je ne me pose qu'une seule question, la seule digne d’être posée : «Qui, dans tous ces gens, pourraient m’apporter quoique ce soit que je n’ai pas ?» Et quand la réponse est : «Personne !», dès lors c’est comme si les envies s’envolent.
En définitive, je suis un peu comme Jules ou Caïus Cesar : Au fond de moi, je sais que je ne suis pas un dieu, mais dans l’absolu je sais que je vaux quand-même un peu plus que les autres ! Et cela n’a rien à voir avec ce que je fais ou ne fais pas, cela ne dépend que de qui je suis : Une créature voulue et désirée par Dieu dès l’origine et qui est consciente de cela, ce qui fait la différence avec beaucoup d’autres. En voyant la vie comme ça, tout me glisse dessus comme l’eau glisse sur les plumes d’un canard : la culpabilité, les envies, les tentations de marchander quoique ce soit avec qui que ce soit, y compris Dieu, rien.
Il y a quand-même un détail à prendre en compte : la différence entre les besoins et les envies. Avant de venir au Brésil, en novembre 2024, il y avait eu un sujet au JT que je regardais avec mes parents, et ils avaient fait un sondage auprès de la population. 30 % des suisses disaient qu'ils avaient des problèmes à boucler leurs fins de mois, 25 % que c’était difficile, 25 % pas difficile (je schématise, je me souviens plus des chiffres exact dans l'entre deux), mais 18 % déclaraient qu’ils n’avaient jamais eu de soucis d’argent durant toute leur vie. J’ai dis à mes parents : «Eh bien, je fais partie des 18 % de suisses qui n’ont jamais eu de soucis d’argent durant toute leur vie !», parce que c’est la vérité, je ne me suis jamais soucié pour l’argent. Parfois j’en avais alors j’achetais des trucs, parfois j’en avais pas alors je n’achetais pas de trucs, mais il ne m’a jamais manqué de rien, je n’ai jamais eu faim, j’ai toujours eu un toit sur ma tête, et c’est ici la différence entre les besoins et les envies.
On ne peut pas dire qu’on a des soucis d’argent si nos envies ne sont pas satisfaites, on peut le dire si nos besoins ne sont pas satisfaits.
Alors on en revient au point 2 de cette petite chronique… est-ce que le sexe est une envie ou un besoin ? D’après Diogène, c’est un peu de la même nature que la bouffe et c’est de cela dont il se plaignait lorsqu’il se masturbait en public sur la place d'Athènes en disant : «Ahhh, si on pouvait faire passer sa faim en se frottant le ventre ainsi, quel bonheur !». Donc le sexe est un problème, parce que d’un côté ça ressemble à un besoin, d’un autre côté c’est péché, et d’un troisième côté c’est encouragé par Dieu «multipliez-vous et peuplez la terre»…, c’est Dieu qui nous a créé comme ça, donc le sexe c’est compliqué. Que ce soit Vera ou Lia qui me disent de trouver une femme, ce dont je peux admettre certains jours chagrins, mais droit le lendemain me féliciter de ma solitude, de ne pas avoir de bonne femme à gérer sur mon domaine, je vois ça comme une bénédiction. Et pour ce qui est du sexe, eh bien ni les femmes ni les hommes ne sont réellement nécessaires, Diogène nous en fait la démonstration !
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Pour terminer toute ces histoires d'envies, aujourd’hui, j’ai eu envie de manger mon Seigneur et mon Dieu, pas parce que le pape ou la religion dit que c'est dimanche, non, juste parce que j'en avais envie. Mauvaises idées ces envies, parce que je suis allé à la célébration (on n’a pas de prêtre dans le bled, mais il y a quand-même des célébrations avec distribution de l’Eucharistie à la fin). Eh bien j’aurai pas dû avoir envie parce que je n’ai pas tenu jusqu’à l’arrivée du Seigneur. Je vous fais rapidement le topo :
- Une femme accueille, une femme annonce pour qui il faut prier, une femme pousse une chansonnette, une femme annonce les prières universelles, une femme fait la première lecture, puis une autre femme fait la deuxième lecture, et par là au-milieu, il y a encore une femme avec un grand menton qui trône sur la cadera du prêtre derrière l'autel, menton en avant, qui fini par se lever pour lire l’évangile, et ensuite elle fait le sermon et commence à expliquer la première lecture comme si on était des demeurés, puis elle explique la deuxième lecture, puis elle explique l’évangile «les témoins d’Emmaüs», elle mélange un peu disciples et apôtres, finalement, ... témoins d'Emmaüs ou de Jéhovah on s'en fout un peu de ces conneries c'est un peu tout du même diable, mais elle décortique tout ça pendant une demi-heure, et en plus il y a ma copine du carnaval à côté de moi, mais pas habillée en blanc, en rouge, et qui mâchait un chewing-gum tout du long !!! Alors j’ai tilté, je suis sorti du banc, fait le signe de croix et me suis barré après le sermonnage de la prêtresse.
En novembre 2024, j’avais dit à mon père, diacre, que je ne voyais pas ce que les femmes pouvaient bien avoir à faire dans le coeur des églises pendant les célébrations ? En dehors des célébrations oui, pour passer l’aspirateur et mettre des fleurs je ne discute pas, elles peuvent bien y aller, mais pas pendant les célébrations !? Mon paternel m'avait rabroué en me traitant de misogyne et je m'était dis qu'il avait peut-être raison, mais en janvier 2025, je suis dans la chapelle de Riacho Fundo et je lis dans les actes des apôtres saint Paul qui confirme : «Les femmes n’ont pas à prendre la parole pendant les offices, si elles ne comprennent pas quelque chose, eh bien qu’elles le garde en tête et demandent à leur mari de leur expliquer une fois que c’est terminé !» Putain, c'est Saint Paul tout de même, un maître de Sagesse divine, c’est pas moi qui le dit ! Alors bon, ce soir c’était abusé, je savais que c’était toujours un peu la même ritournelle depuis les servantes de messe jusqu'à la grande prêtresse qui trône et qui va précher, mais c'est insupportable ! Il n’y a vraiment plus rien de catholique, tout le monde est des femmes sauf Manoel et Eduardo qui sont très bien mais qui n’ont pas voix au chapitre, casés dans le coin ! D'ici 10 ans, il y aura les servantes, les lectrices, les précheuses, les pleureuses, les prêtresses et les évêquesses qui trôneront, et pour faire bien, faudra qu'elles soient lesbiennes et le tour sera joué ! Non mais merde à la fin ! Donc voilà pour l'envie de manger mon Seigneur mon Dieu : Tu repasseras quand il y aura une vraie personne consacrée pour faire le job !
Et ça tombe bien, parce que mercredi, il y aura le nouveau curé qui va venir faire la messe à NS do Ouro, la messe des hommes !, il a déjà annoncé qu’il ne voulait pas voir une femme rôder dans l’église pendant cette messe, alors même s'il se mélange un peu les pinceau entre Auguste et Tibère Cesar, on va faire avec. Et comme il m'a l'air compréhensif, je vais lui parler un peu de ce problème, va falloir trouver une solution pour éradiquer cette espèce de vaginocratie ecclésiale et remettre les choses à l’endroit.
Alors vous voyez, j’avais envie de manger mon Dieu, mais les envies…, c’est jamais tant bon pour la santé !
NS do Ouro, le 19 d’avril de l’an de grâce 2026 après la naissance de NSJC
Lia qui pète les plombs !
En lisant certaines actualités récentes, certains pourraient penser que je suis méchant mais ce n’est pas le cas, ma vie entière parle en ma faveur, j’ai toujours cherché à aider les pauvres, les misérables, les mourants, mes propres enfants, je peux à peine confesser une baffe à ma femme en juin 2024, bien méritée qui plus est. Mais à part quelques anecdotes ponctuelles et insignifiantes, personne n’a véritablement à se plaindre de moi. Et si certains de mes fils préfèrent écouter ce qui sort de la bouche des médisants plutôt que de constater ce que je leur ai montré dans ma vie, eh bien tant pis pour eux.
Ceci dit, comme le luxe de la solitude c'est le temps de pouvoir étudier, que ce soit Machiavel ou beaucoup d'autres choses en me plongeant dans l’étude, qu’elle soit extérieure ou introspective, j’ai décidé de rediriger ma bonté vers les personnes qui en valent la peine. Et Lia en vaut la peine, malgré tous ses défauts. Alors même si elle a bientôt 101 ans, elle fume la pipe, mais des pipes anciennes, faites en terre sèche et cuites au four, des pipes de vieux, très difficiles à trouver parce que plus personne ne fume ce genre de pipe ici. Pour dire à quel point elle est vieille : elle se souvient du jour où elle a accueilli Christophe Colomb lorsqu’il a débarqué... Mais comme elle a cassé sa pipe, le samedi 18 avril, j’ai fait 40 kilomètres de pistes en terre jusqu’au marché du chef-lieu (aller-retour) pour lui chercher une de ces pipes ancestrales, mais impossible à trouver, donc je lui ai acheté une pipe normale pour dépanner. Aujourd’hui, j’ai fait 70 kilomètres de pistes pour aller à un autre marché prometteur en terme de pipes anciennes, et j’en trouve une ! Mais en arrivant, Vera la laisse tomber par terre et elle se casse (ben oui, en terre cuite…), donc on continue sur la pipe de rechange en attendant mieux. Il paraît qu’il y a une vieille qui en fabrique encore à Riacho Fundo, je vais aller la voir pour qu’elle m’en fabrique une.
En revenant de ce marché, au milieu du parcours, on traverse un village, un village de noirs me dit Izac, créé par des esclaves…, j’ai noté l’information, parce que je lui ai dis que j’allais y revenir pour m’en acheter un. J’ai une femme de ménage, Bruna,… et le problème ce n’est pas vraiment l’argent, c’est qu'en tant qu'employée, je ne peux pas vraiment la cravacher légalement, tandis qu’un esclave serait plus approprié à la situation. Vous voyez comme je suis méchant ?
Enfin bref, on revient sans pipe, je rabiboche la pipe de rechange et dis à Lia que Samuel ne va peut-être pas pouvoir venir parce que ma femme ne veut pas le laisser venir au Brésil. Et là, Lia pète les plombs : «Mas que mulher ruim ! Parece um cobra que so tem veneno na bocca !»… et elle a continué par un chapelet d’imprécations qui au début m’a fait tordre de rire, ça faisait du bien. Ceci dit, j'ai dû l'arrêter parce qu'il me semble que ma femme n'a pas d'assurance très valable contre le mauvais sort et que Lia n’y est pas allée de main morte,... et comme dis sous la rubrique qui lui est dédiée au N°49, elle a réellement des pouvoirs.
Enfin, je ne discute pas tellement de nos histoires conjugales avec Lia, je ne lui ai rien raconté sur ma femme en me disant que si d’aventure elle se pointait un jour ici, il fallait qu’elle soit bien reçue. Mais Lia sait quand-même que l’année passée, je suis arrivé ici avec une peinture de ma femme que j’ai mis dans l’église de Riacho Fundo et que je suis allé chaque jour prier là-bas pendant deux heures, donc elle ne comprend pas la situation.
Ceci dit, ma femme ne comprend pas vraiment non plus, elle sait que j’ai étudié Machiavel et veut malgré tout jouer à ça ? Ça m’amuse rien que d’y penser, mais je préfère rien n’en dire puisque même Nicolas Machiavel semble devenu obsolète dans mon monde.
J'étais un brave type un peu naïf, mais maintenant je sais.
NS do Ouro, le 20 d'avril de l'an de grâce 2026 après la naissance de NSJC
... et pour ce qui concerne la suite de ce site, je vais peut-être me contenter de conter des banalités, ... je perçois de plus en plus fortement que le silence devient exigeant.