Oui, vous avez bien lu, une personne parfaitement équilibrée qui travaille du matin au soir sans une minute pour elle, et lorsque je lui propose une semaine de vacances tous frais payés, dans un endroit où il n’y a rien à nettoyer parce qu’il y a du personnel pour ça, qu’il n’y a pas de plats à préparer parce qu’il y a du personnel pour ça, où il n’y a personne à s’occuper parce qu’il y a du personnel qui s’occupe de tout le monde, impossible ! Alors je minimise en lui proposant 3-4 jours, un coin paradisiaque qu’elle ne peut pas refuser, et elle me répond : "Sans Beny, même pas un jour sinon je deviens folle…"
Ce n’étais qu’un préambule, une hypothèse, mais qui me renvoie à ma propre situation et je me demande… ? A priori, je suis censé souffrir d’une maladie qui touche principalement les émotions, et depuis la séparation ce n’est vraiment pas ça qui a manqué. Moi qui ait toujours été très «famille» que ce soit celle de mon père quand j’étais gosse ou la mienne ensuite, et vu la situation actuelle, je me demande si cette fameuse «maladie» bipolaire n’est pas plutôt un atout. Vous pouvez le lire dans ces pages, il y a deux semaines, je sortais péniblement un article que j’ai dû écrire sur 3 semaines d’affilées tellement j’étais à la ramasse, ne pouvant me féliciter que d’avoir réussi à construire une structure hospitalière privée avec du personnel pour les repas, le ménage et les médicaments, mais c’est tout, la seule chose que j’avais pu faire c’était poster une vieille photo d’un copain bipolaire gisant sur son lit pour illustrer mon propre état.
Mais si je ne veux pas être trop sévère avec moi-même, je me dis quand-même que si Vera ne peux pas envisager de passer un seul jour sans Beny, un type ordinaire sans option bipolaire dans ma situation se serait sûrement flingué. Tandis que moi, ben je rame à certaines périodes, j’avais augmenté les doses de Surmontil de 50mg à 200mg, et l’effet restait très discutable. Bon, je sais aussi que c’est une molécule passablement puissante, un antidépresseur anté-dilluvien inventé dans les années 60, et que les médecins refusent de prescrire à des bipolaires sans stabilisateur d’humeur parce que c’est une molécule qui a tendance à nous envoyer dans la stratosphère (en phase maniaque plutôt), et donc encore plus dangereuse que la phase déprime. Bon, moi je n’ai pas de stabilisateur d’humeur ou plutôt oui, j’en ai un que j’ai dû faire semblant d'accepter pour qu’on me prescrive le Surmontil en question, mais je ne l’ai jamais pris.
Et les choses changent sans changer. Extérieurement, tout est resté pareil, mais il y a 10 jours, j’ai senti que l’humeur allait du bon côté et j’ai baissé à 150mg, j’ai vu que ça tenait et j’ai baissé à 100, puis 50, et plus rien depuis 3 jours.
Et me voilà donc bien conscient et en bon état. Depuis dimanche, je me suis remis au cigare, que j’avais abandonné depuis des semaines à part les deux que j’avais fumé à Rio de Contas, mais sinon je me suis contenté de clopes, moins contraignantes… Eh oui, c’est un exercice de rester une heure tranquille sur sa chaise longue à crapoter ! Quand on a pas le moral, on n’est plus trop sensible au paysage et à la méditation contemplative, alors je me contentais des clopes...
Mais depuis dimanche, j’ai repris tout le rythme et la routine que la visite de Samuel avait mis à mal : Réveil, cigare, puis un chapelet en bronzant recto-verso contre mon psoriasis qui commençait à revenir, puis douche, repas, sieste, petit tour, re-cigare, repas et parties d’échecs avec Izac ou causettes avec Lia.
Enfin voilà, je veux dire, bipolaire… ? Un type normalement constitué qui se verrait banni de sa famille, jeté à moitié volontairement et à moitié par désespoir en exil, clandestin, se serait sans doute flingué, et moi je me suis contenté de passages à vide ou de passages comme maintenant, sans médicaments, nickel, ici, à 12’000 kilomètres de chez moi et des miens.
Donc bon, j’ai pas de réponse toute faite, mais disons que si on me demandait si la bipolarité c’est un avantage ou un inconvénient, je ne saurai pas trop que dire à l’heure ou j’écris. Peut-être que ce n’est ni un avantage ni un inconvénient, mais un don de Dieu.
NS do Ouro, le 23 de septembre de l’an 2026 qui suit la naissance de NSJC
Appendice :
Je vais rajouter un mot non pas sur la maladie mais sur la perception qu’ont les gens de la maladie psychique, parce que mon fils aîné à dit à Samuel que ces brésiliens sont vraiment cons (ou attardés) s’ils ne peuvent pas respecter ou comprendre la maladie bipolaire.
Mais les brésiliens n’ont pas de problèmes avec les maladies psychiques, c’est plutôt les Suisses qui en ont, les productifs, les créateurs de richesses, comment ils perçoivent un type qui ne peut pas participer à la richesse nationale ?
Franchement, de 27 ans à 51 ans, je me la suis mis en sourdine et n’ai pas fait beaucoup de publicité pour cette maladie, les gens savaient que le David était invalide pour un problème psychique puisque visiblement, physiquement il avait l’air bon, mais sans plus. Et de ce qu’ils pouvaient observer : il raisonne normalement, il n’a pas l’air dangereux, en définitive, c’est juste un type qui souffre un peu plus que les autres. Mais à partir de février 2023, date à laquelle j’ai commencé le Lithium, je ne me suis plus caché et j’ai commencé à faire état du problème bipolaire, jusqu’en février 2024, date à laquelle j’ai arrêté le Lithium. Eh bien en une année j’ai pu faire les comptes des «bienveillants» par rapport à cette tare : sur toute la bande, il ne me restait plus qu’un seul ami !
Oui oui, tout le monde pensait que j’étais badadja, depuis le président de la commune jusqu’à mon oncle Guy, en passant par mon propre père, et on ne parle même pas de la famille directe : Femme et enfants => ça a été le sauve qui peut général !
Donc en définitive, tout le monde accepte un type qui souffre s’il ne se plaint pas trop, mais un type qui explique une maladie bizarre, et en plus qui est à l’intérieur de lui, là non, non, faut pas déconner !
Ce n’est qu’au retour du Brésil en mai 2025 et le trucage des papiers (faire croire à la police fédérale brésilienne que j’avais réussi à transformer un visa touriste en un visa de résidence), donc au retour, là sur l’autoroute entre l’aéroport et la maison, je raconte à mon père comment j’ai pu éviter une amende de 10’000 réais, et le lendemain ou quelques jours plus tard, il me dit : «Ben tu vois, quand tu m’as raconté cette histoire, je me suis dit : Finalement, il est pas si fou le David»…
Bon, le Lithium est une sorte de désinhibiteur, un peu comme si on avait picolé 3 verres, on se sent bien et on dit tout ce qui nous passe par la tête, et on ne pense qu’à soi, et on fait des conneries, ho, pas des grandes, mais quand-même des trucs qu’on ne ferait pas si on avait pas de Lithium, et c’est toujours le même scénario : On se rend quand-même compte qu’on fait des conneries, mais on se dit à chaque fois qu’on sera toujours assez malin pour trouver l’entourloupe qui nous permettra de retomber sur nos pattes à la fin. Pour ce qui me concerne, à la fin c’était une séparation, une caravane, les gamins qui me font la gueule, la femme qui n’ouvre plus le bec, donc non, il n’y a pas de pattes à retomber dessus. Par contre, quand on est sous Lithium, tout va bien pour nous, mais pour dire la vérité, même moi j’ai coupé les ponts avec tous les copains qui étaient sous Lithium, ils sont complètement égocentriques et insupportables, ils ne pensent qu’à eux (mais ça a plus à voir avec la pharmacopée qu'avec la maladie à proprement parler). Et donc oui, on va bien et les médecins sont contents, mais ils ne calculent ni les dégâts familiaux, ni amicaux, ni financiers, en fait ils s’en foutent de tout ça, tant que leur patient va bien et ne se plaint plus, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Bon, à mon propos il était indiqué dans mon dossier dès 1998 que je ne pouvais pas prendre de Lithium parce que ça faisait exploser mon psoriasis. Mais en 2022, j’ai commencer à faire des injections contre le psoriasis, des injections à 3’300 balles tous les trimestres. Donc en février 2023, le toubib se dit : «Super, Vuignier n’a plus de psoriasis grâce aux piqûres, on va pouvoir le recoller sous Lithium». Une année plus tard, je n’ai pas arrêté le Lithium parce que j’étais désinhibé ou que je voyais bien que je déconnais un peu, j’ai arrêté parce que j’étais recouvert de psoriasis en me faisant la réflexion suivante : «Putain, on est entrain d’utiliser un médicament à 3’300 balles pour contrer les effets secondaires d’un médicament à 10 balles, ça va plus ces conneries !»
Et ensuite je me suis rendu compte de la désinhibition, j’ai fait la liste des endroits où j’avais dit des conneries et où je ne remettrai plus jamais les pieds, la liste des pertes, que ce soit amicales ou familiales, et aussi les pertes financières. Je l’ai dit à mon médecin et aux médecins de l’hôpital, mais visiblement ce n’est pas vraiment leur problème. Pour soi-même, on sait bien que si on a un peu picolé une soirée et qu’on a été maladroit ici ou là, on va pouvoir rattraper le coup le lendemain en s’excusant et on sera tout excusé, mais une année entière non, c’est impossible à rattraper donc on élague.
Enfin bon, pour en revenir à nos moutons, si j’ai vu en Suisse ce qu’à provoqué mon coming-out bipolaire, un vrai cataclysme, ce n’est pas pour recommencer au Brésil, même si ici ils ont l’air vachement plus décontracte sur la question. La jeune fille qui m’avait dragué au carnaval 2025 était bipolaire de notoriété publique, et personne ne lui jetait des pierres, aux dernières nouvelles elle vient de se marier, tandis que j'ai appris que ma femme a voulut faire annuler nos mariages par le Vatican justement à cause de ça, que j'étais bipolaire..., allez comprendre ?
Donc non, les brésiliens ne sont pas attardés concernant les maladies psychiques, ils sont sûrement bien plus compréhensifs que les Suisses qui doivent être rentables et productifs, mais après avoir vécu un truc pareil en Suisse, il est hors de question que je mette cette histoire en avant ici au Brésil.
Par contre, à part la Distranurin qui fait cruellement défaut, il y a un autre médicament qui est intéressant dans les phases d’accélération, c’est la Quétiapin. Lorsqu’on est persécuté par les pensées au point de ne plus pouvoir prier, il est temps de prendre 10 jours de repos et d’utiliser ce médicament qui ralenti les pensées. Les boites se présentent avec des petites pilules de 25 mg, on en prend une dizaine par jour, on fonctionne un peu en mode zombie, mais après 10 jours on peut arrêter, et le fonctionnement normal du cerveau se remet à jour. Les psychiatres ne comprennent pas ça, pour eux, il faut absolument installer un traitement de fond sur la durée (je ne sais pas si c’est pour faire plaisir aux labos ou pour créer des effets secondaires indésirables, mais allez dire à un psy qu’on a besoin de 10 jours de Quétiapin et vous verrez la gueule qu’il tire). C’est donc mon médecin généraliste Suisse qui m’a prescrit 3 boites (au cas où), et avant-hier soir, je me suis rendu compte que les 3 boites qu’elle m’avait prescrit et que j’avais payé à la pharmacie en Suisse, eh bien, Samuel ne les avait pas prises non plus. Il m’a dit que c’était la toque instruite qui les avait retiré de sa valise en dernière minute...
Donc en définitive, j’ai le droit d’être malade, j’ai le droit de vivre au Brésil, j’ai pas le droit d’avoir une jolie voiture ni aucun médicament qui pourraient m’aider dans mon problème, en gros : Va te cacher, démerde toi avec ton valium, et n’oublie surtout pas de nous envoyer les sous !
Qu’il en soit ainsi, mais qu’on ne me demande pas de faire de la pub pour cette maladie. Mel Gibson, Jack Nicholson, Marlon Brando étaient bipolaires, Hermann Hesse et Hernst Hemingway aussi (et ils ont reçu le Nobel de littérature… un peu comme si un unijambiste gagnait le 100 mètres aux jeux olympiques), donc eux ont fait leur coming-out, mais que ce soit à l’époque ou à Hollywood, c’est sûrement mieux compris qu’en Suisse, tandis qu’au Brésil où on me prie de vivre tout ça sans médicament, je ne vois pas pour quelle obscure raison je devrais m’exposer comme je l’ai fait en Suisse.
NS do Ouro, le 29 de septembre de l'an de grâce 2026 qui suit la naissance de NSJC